La soirée n'affichait pas complet comme la veille, mais le public s'était quand même déplacé en grand nombre. J'ai patiemment attendu que les organisateurs me donnent mon bracelet (vert fluo ce coup-ci), pour pouvoir prendre place sur le lieu où se trouvait la grande scène.
Malgré le fait que le premier concert allait débuter dans une quinzaine de minutes, la fosse était encore presque vide. Je n'ai pas eu de mal à trouver une place sur le devant, en espérant que ce coup-ci je n'aurais pas à supporter les désagréments de certains festivaliers.
Tout comme la veille, une personne du festival est venue faire une brève apparition pour nous présenter le programme de la soirée, avec les horaires de passage de chacun des artistes.
Puis ce fut au tour de La Casa de venir prendre place sur la scène.
Il s'agissait d'un jeune groupe originaire du Nord-Ouest de la France, dont j'avais vaguement entendu parler. Je n'ai pas eu à attendre longtemps pour comprendre qu'il s'agissait d'un pur groupe de chanson française : trompettes, guitares folk, piano etc ... Ils avaient l'air bien sympathiques et chaleureux. Leurs titres étaient plutôt épurés, tout en restant mélodieux, et les textes semblaient y avoir une place importante. Certains des musiciens étaient multi-instrumentistes (à la fois chanteurs, guitaristes, pianistes). Ils avaient l'air impressionnés de jouer devant autant de monde, mais ça ne les a pas empêchés d'essayer de faire participer le public, notamment en nous demandant de taper dans les mains sur la plupart des chansons. Ils nous ont ensuite demandés si on souhaitait faire une traversée dans le désert. La plupart des personnes ont répondu que oui, sans trop savoir où ils voulaient en venir, et c'est ainsi que j'ai reconnu les notes de « Go, go, go », le seul titre que je connaissais d'eux, pour l'avoir déjà entendu sur le mouv'. Il est vrai que leurs sonorités rappellent à certains moments des ambiances du Colorado d'Amérique du Far Ouest. Puis un gars un peu lourdingue s'est mis à crier « à poil !!! », pensant certainement faire l'intéressant. Le chanteur l'a regardé un peu timidement, en grommelant « moi je veux bien, mais y'a un petit courant d'air, j'ai peur d'attraper froid ». Puis il n'a pas manqué de complimenter notre ville, en affirmant qu'on avait beaucoup de chance d'y vivre (je ne sais pas s'il le dit à chaque fois qu'il joue dans une ville différente...). Ils ont ensuite enchainé sur d'autres titres qu'on peut aujourd'hui entendre sur certaines radio, comme « t'as pas de style ». Il y a également eu « qui veut nos peaux », ou encore « la lune ». On peut dire qu'à la fin de leur set, ils avaient réussi à se mettre une grande partie du public dans la poche, car les gens n'ont pas manqué de gueuler pour qu'ils reviennent ! C'est avec un grand sourire aux lèvres qu'ils ont accepté de nous en jouer une dernière. Mais visiblement ils n'en avaient plus en stock puisqu'ils nous ont proposé de refaire une traverser dans le désert avec « go, go, go », en prétextant que ça permettrait à ceux qui n'étaient pas là tout à l'heure d'en profiter. Mais ce coup-ci ils ont demandé à ceux du fond de se lever, et nous ont invités à chanter le refrain à leur place « go, go, go, go, go .... En el camino go ... », chose que le public à essayer de faire, du mieux qu'il a pu. Puis le groupe nous a chaleureusement salués une dernière fois, en nous remerciant pour notre accueil ! Il s'agissait d'une très bonne découverte pour moi. Les chansons étaient plutôt sympas, et les musiciens très sympathiques !!
Il restait maintenant à attendre qu'Izia, la fille de Jacques Higelin fasse sont entrée.
Sans la connaître, j'avais déjà entendu dire qu'elle avait une sacrée réputation scénique. Par contre niveau style, je ne savais pas du tout à quoi j'allais m'attendre ! Il s'agissait de la grande découverte du festival, qui semblait attendue par un grand nombre de personne. Il n'aura pas fallu attendre très longtemps pour la voir faire son entrée. Nous l'avons vu fouler les marches de la scène avec un grand sourire aux lèvres, avant qu'elle ne prenne sa guitare pour nous jouer seule un morceau doux et intime. Ca ne devait pas être facile pour elle de se mettre à nu comme ça dès le premier titre. D'autant plus que ses musiciens n'avaient pas encore fait leur apparition. Son répertoire semblait calme et mélodieux, et j'ai de suite été bluffée par son grain de voix et sa forte présence dans la manière d'interpréter ses morceaux. Mais cet instant intime et privilégié n'aura pas duré longtemps, car lorsque les autres musiciens ont fini par prendre place sur scène, au milieu de la chanson, les guitares se mises à rugir et nous avons eu droit à une vrai leçon de rock brut des années 70. Je ne m'y attendais pas du tout, et je me suis rendue compte qu'Izia était en réalité une vrai boule de nerf scénique, complètement folle et passionnée !! D'ailleurs, lorsqu'ils ont eut terminé le premier titre, elle nous a regardés avec un énorme sourire espiègle en déclarant « ouahh, je suis sûre que beaucoup parmi vous sont en train de se dire que c'est quand même vachement plus violent que le groupe précédent !! Est-ce que vous êtes prêts à bouger avec moi pendant presque 1 heure ?? ». Pendant tout le concert j'ai été explantée par sa présence, sa façon d'interpréter ses chansons, et sa bougeotte sur scène. Elle ne relâchait pas l'attention une seule seconde ! Elle était toujours à fond, à 130 kms / h, et semblait vraiment passionnée par ce qu'elle faisait. Dommage que le style rock / punk était un peu trop violent pour moi. Mais au moins on ne s'ennuyait pas avec elle. Elle nous a d'ailleurs fait un ravissant hommage au dieu du rock, en déclarant « priez mon dieu parce que j'ai pêché – Au nom du père, du fils ..... et du rock'n'roll !! » Il est vrai que le rock a toujours plus ou moins été l'ennemi de la chrétienté, et elle s'est servie de cette allusion pour enchainer sur le titre qu'on peut déjà écouter sur les bandes son du mouv' : « back in town ». A la voir on aurait vraiment cru assister à un concert de Patti Smith : même fougue, même grande voix ...
Puis elle s'est arrêtée un instant pour nous annoncer qu'elle souhaitait dédicacer la chanson suivante à une personne qui avait beaucoup compté pour elle. Puis c'est à ce moment que les larmes ont commencé à monter à ses yeux. Elle s'est arrêtée en murmurant entre deux sanglots « je n'arrive pas à le dire ». Dans le public, on ne savait plus s'il fallait l'encourager à poursuivre, ou ne rien dire. Son guitariste s'est alors approché d'elle pour essayer de la consoler, et c'est à ce moment qu'elle s'est mise à hurler, le sourire aux lèvres, pour entamer de manière énergique la chanson suivante. Bref, tout cela ne ressemblait qu'à une mise en scène. Surtout à la fin du morceau, où elle s'est amusée à se balancer comme une marionnette, à chaque fois que le guitariste lançait un riff. Il s'en est d'ailleurs amusé pendant un bon petit moment.
Puis elle s'est approchée de la scène comme une furie en criant « bon alors sur le prochain morceau, je veux que tout monde se lève. Allez putain les gens du fond, levez-vous, ne me foutez pas la honte !! ». Tout le monde a exécuté sans aucune exception. Elle avait réussi à se mettre les 3/4 du public dans la poche. Il est vrai qu'il était difficile de rester de marbre face à son énergie et sa générosité. Je me demandais comment elle arrivait à tenir, à force de se balancer dans tous les sens. Elle dégoulinait de sueur et sa coiffure ne ressemblait visiblement plus à rien. Puis elle nous a annoncé le dernier morceau de la soirée. Tout le monde dans le public s'est mis à râler, en demandant à ce qu'il y ait un rappel par la suite. Elle s'est alors mise à sourire en déclarant « attendez-là, ça suffit. On vous en donne un peu, et après vous en demandez toujours plus !! ». Puis elle nous a lancé un regard espiègle en disant « ok si vous êtes sages .... Ou plutôt si vous n'êtes pas sages !! ». Puis après avoir fait danser la foule une dernière fois, elle nous a fait au revoir de la main, en nous remerciant du fond du c½ur. Evidemment, tout le monde s'est mis à gueuler pour la faire revenir, et c'est avec un grand sourire au visage qu'elle est revenue, visiblement très émue (et ça ne semblait pas être de la comédie), en déclarant « je suis vraiment heureuse ce soir, parce que je sens qu'il se passe quelque chose entre nous, et ce n'est pas de la démagogie !! ». Acclamée par la foule, elle prit son micro une dernière fois pour nous interpréter un dernier titre. Je pense qu'on pouvait aisément lui attribuer la palme de la soirée. Elle aura vraiment marqué les esprits de cette édition 2009.
Ceci dit, il fallait maintenant laisser place à une personne beaucoup plus connue du grand public : Julien Doré, la nouvelle star 2007.
Encensé par la critique des médias, ce jeune chanteur Nîmois avait éveillé chez moi une grande curiosité. J'avais déjà pas mal accroché sur ses titres connus tels que « first lady » ou « les limites », et il avait une assez bonne réputation scénique, avec des concerts enflammés, selon les dires des médias.
Cependant, j'ai commencé à prendre peur quand pendant l'entracte j'ai pu apercevoir une ribambelle de jeunes adolescentes qui essayaient de se frayer un passage sur le devant de la scène. J'avais oublié que les personnes connues ramenaient inévitablement ce genre de population ! Je commençais déjà à redouter les cris perçants que j'allais me prendre dans mes oreilles !! Les techniciens étaient sur le point de terminer l'installation de la scène. On pouvait y voir tout un tas d'accessoires qui ne servaient visiblement à rien : une lampe de chevet rose, des guirlandes, des écharpes ... ainsi qu'une inscription géante : « Julien Doré & the bash » !
Puis les lumières se sont éteintes et les musiciens ont commencé à prendre place dans la pénombre. Au départ j'ai cru confondre Julien avec son pianiste (qui avait les cheveux un peu plus courts), mais je me suis vite rendue compte de mon erreur quand j'ai entendu des cris perçants au moment de l'entrée de la dernière personne qu'il manquait ! Les flashs des appareils photos se sont multipliés, on se serait presque crus sur la croisette à Cannes. Les jeunes groupies étaient devenues complètement incontrôlables ! Mais Julien semblait complètement blasé face à ce genre d'attitude. Il a débuté avec deux chansons calmes, avant que le même gars que tout à l'heure se remette à crier « à poil !!!! » (histoire de mettre un peu d'ambiance ??). Julien s'est également mis à crier en retour « à poil !!!», en simulant de le faire, avant de s'arrêter net, pour complimenter notre belle ville. Cherchait-il à se mettre le public dans la poche ? En tout cas il nous a vivement recommandé de montrer qu'on était là. Mais mis à part les groupies, l'ambiance était carrément inexistante. Il avait beau enchainer ses chansons, je commençais sérieusement à m'ennuyer. Après toutes les éloges que l'émission « nouvelle star » lui avaient faites, je trouvais qu'il n'y avait vraiment pas de quoi en faire tout un plat. Ses concerts ne semblaient pas si originaux que cela. J'avais l'impression qu'il récitait son album. Et pour couronner le tout, il avait l'attitude d'un gars très prétentieux. Certainement à force d'entendre des « Juliiiiiien je t'aime !!! T'es trop beaaaaau !!! ». Ce n'est qu'au moment où il a pris sa guitare pour jouer les premières notes de « Moi Lolita », que le public de devant s'est mis à hurler. La ribambelle de groupies à côté de moi se sont mises à chanter le refrain en c½ur avec lui (mon dieu quelle horreur, mes oreilles ne s'en sont toujours pas remises), avant qu'il ne se mette à bifurquer sur « les limites ». La foule s'est alors mise timidement à l'acclamer, sans que ce ne soit l'effervescence pour autant. Le style de Julien Doré ne semblait convenir aux amateurs d'Ayo, La Casa ou Izia. Puis le tube « first lady » est arrivé très rapidement (dans un dernier espoir pour rallier le public à sa cause ?). C'est à peu près le seul moment du concert où je l'ai vu en transe, alors que tous les médias le vendait comme sa marque de fabrique. Il s'est alors sagement approché d'une jeune fille pour lui chanter le couplet les yeux dans les yeux, avant de nous faire son numéro de Kakou en escaladant les piliers de la scène, sans protection, en criant « fais-moi sortir d'ici ... ».
Mais mis à part les groupies, il n'aura pas réussi à impressionner grand monde. Il a ensuite enchainé sur 2 – 3 autres titres nazes, avant de finir sur une espèce de solo interminable avec ses musiciens. On aurait presque dit qu'ils avaient oublié qu'ils avaient un public en face d'eux. Ils s'éclataient ensemble, mais vraiment en petit comité ... Puis c'est avec un bref salut de la main qu'il nous quittera au bout d'une heure de show. Certains auront essayé de le rappeler. Mais en vain. C'était le seul artiste de la soirée qui n'avait pas souhaité revenir. Etait-il vexé de ne pas avoir réussi à se mettre le public dans la poche ? Comme quoi il ne suffit pas d'être célèbre pour gagner l'estime des gens. Izia et la Casa ont eu beaucoup plus de succès alors que personne ne les connaissait.
Le temps du dernier entracte était venu afin d'installer le plateau d'Ayo, la tête d'affiche de la soirée. J'ai ainsi pris la décision de quitter la fosse afin de trouver un endroit pour m'asseoir quelques instants. Les gradins étaient évidemment tous pris. J'en ai donc profité pour quitter la scène principale et aller me promener autour des chapiteaux. Mon dos et mes jambes me faisaient atrocement souffrir, à force d'être restée debout sans bouger pendant tout ce temps. Je me suis assise quelques instants sur les marches de la cathédrale Ste Cécile. La fin de concert allait s'annoncer très difficile, d'autant plus qu'Ayo n'était pas une artiste que je tenais à voir absolument. Son univers world / saoul ne faisait pas du tout partie de mon style de musique. Mais c'était tout de même dommage de quitter le festival sans avoir vu à quoi ressemblaient ses concerts. J'ai donc décidé de retourner sur le lieu de la grande scène. Bien évidemment je me suis retrouvée au fond de la fosse. Mais ce n'était pas plus mal, comme cela j'allais pouvoir m'appuyer contre la cathédrale et soulager mon dos. Tout le monde attendait patiemment que notre jeune chanteuse métisse fasse son entrée. Elle savait se faire désirer. C'est avec 5 petites minutes de retard qu'elle fit son apparition sous les applaudissements enchantés des fans. On était loin de l'ambiance « Julien Doré ». Elle était accompagnée de nombreux musiciens qui avaient l'air plutôt balaises. Mais malgré tout, j'ai eu beaucoup de mal à accrocher à son set. Je n'aimais vraiment pas le style, bien que musicalement parlant on ne pouvait pas lui reprocher grand-chose. C'était peut-être trop mou, pour passer à une heure aussi tardive, où les gens commencent à être fatigués. Ayo était très souriante, mais aussi très timide. Elle a commencé à nous adresser la parole au bout du cinquième morceau, en chantonnant « est-ce que ça va Albi ? Est-ce que vous avez envie de partager ? J'espère que oui, car pour moi c'est le cas ! ». Le public ne semblait pas très réactif. Il était partagé entre les fans, et ceux qui s'en allaient au fur et à mesure des chansons. Je commençais sérieusement à m'endormir. Mais malgré mon terrible mal de dos, j'ai quand même fait l'effort de rester 3 / 4 d'heure, histoire de pouvoir me faire une idée de ce que cela pouvait être un concert d'Ayo ! Il n'y avait rien à redire sur la performance musicale, mais cela manquait cruellement de punch ! Ils auraient dû faire passer Izia en dernier, ça aurait réveillé tout le monde.
Il ne me manquait plus qu'à rejoindre ma voiture pour rentrer me reposer, en attendant de revenir le lendemain pour la dernière soirée du festival, en compagnie de Bénabar et Debout Sur Le Zinc !!



